L'objet de ce blog est de décrire la rando-vélo que nous avons effectuée, Dominique et moi-même, dans le Sud Marocain en Février Mars 2020.
En partant de Casablanca, nous sommes essentiellement restés sur la côte Ouest à l'exception notable d'une incursion dans l'anti-atlas, à l'Est d'Agadir. Afin de rentrer à temps nous avons pris le bus à 2 occasions, une fois pour se rapprocher des régions désertiques puis dans l'ex Sahara Espagnol et rejoindre Dahkla, non loin de la frontière mauritanienne.
Sur la carte ci-dessous les tracés pédalés sont en rouge et ceux en bus/grand-taxi (une spécialité marocaine) en bleu.
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Essaouira est un objectif accessible aujourd'hui bien qu'une grosse côte nous attende à mi-parcours. Juste avant nous faisons le détour par le village de Moulay Bouzartoune, assoupi, à peine dérangé par quelques routards européens sur la plage (spot de surf peut-être).
DE AGADIR A TIZNIT PAR L'ANTI-ATLAS
Nous allons quitter le bord de mer pour une escapade de 250 km dans les montagnes de l'anti-atlas.
Ça commence bien, par une promenade plutôt agréable le long du bord de mer et de la fameuse plage (7 km) qui a fait la réputation d'Agadir.
Ici tout est neuf pour 2 raisons:
- Agadir a été entièrement détruit par le terrible tremblement de terre de 1960: 12000 morts,
- Agadir connait un développement touristique sans fin, quoique la crise de 2008 + celle à venir en conséquence de la pandémie du coronavirus risque de retarder les choses.
Toujours est-il que c'est la sortie de la ville qui est sans fin. Plus de 15 km sur une 4 voies chargée avant de quitter la N1 vers le sud Est et le massif de l'anti-atlas, que l'on ne devine même pas pour l'instant. Comme un acte manqué, ces 15 km j'avais omis de les prendre en compte pour évaluer l'étape du jour et cela risque de nous faire arriver un peu tard à Ait Baha déjà au cœur des montagnes!!
Même lorsque l'on quitte la N1 pour la R195 vers le Sud-Est, l'étape reste difficile à appréhender: grandes lignes droites assez passantes, chaleur qui augmente et villes sans fin au long d'une plaine côtière d'environ 30 km que nous traversons dans sa grande largeur.
Pour se restaurer à midi nous achetons ce qu'il faut au bord de la grand-rue dans ce qui semble être le centre ville de Biougra, et dès que nous nous enfonçons à l'écart de l'agitation de l'axe principal, nous retrouvons le Maroc authentique et accueillant pour déguster nos fruits et légumes (nettement plus de 5 par jour).
En partant, c'est l'heure de la prière et Dominique est invitée à suivre la prière dans la partie de la mosquée réservée au femmes, si si ça existe. Extrême gentillesse en tous cas.
La chaleur augmente sensiblement au cours des 20 derniers km de traversée de la plaine avant d'attaquer la montagne, maintenant nettement visible.
Bon, ça va faire un peu court pour atteindre l’hôtel que j'ai réservé à Ait Baha, 500 m de dénivelé au dessus de nous. Coup de chance (certes un peu forcé!), Dominique peut faire la montée dans une voiture à plateau. La gentillesse des chauffeurs est d'autant plus remarquable que cette pratique (charger des touristes gratuitement) est interdite au Maroc. La liberté au Maroc, c'est bien mais il y a des limites malgré tout.
Allégé de 2 de mes sacoches, j'arriverai peu avant la tombée de la nuit à Ait Baha, baignée de couleur rosées assez magiques.
finalement tout seuls dans un grand hôtel de 4 étages (ça valait le coup de réserver), donc dorlotés tout comme il faut, le soir pour le repas et le lendemain, assez tôt pour le petit déjeuner.
Le soir vers 21h30, il est encore temps d'acheter les provisions pour le lendemain mais aussi des nu-pieds, juste comme il faut et pour...3 fois rien.
Deux étapes très montagneuse nous attendent depuis Ait Baha jusque Tafraoute. Ce sont les étapes que j'ai travaillé le plus avant le départ pour repérer les échoppes (donc les points d'eau), les restaurants et bien sûr les logements. Très peu de facilités en fait, mais un logement prometteur pile au milieu.
Il faut grimper pas loin de 1000 m et disons-le sans détour il va faire chaud. Certes l'air est sec mais quand même. Par ailleurs le vent est très nettement tombé, même s'il reste favorable.
La route est très calme, néanmoins aujourd'hui comme demain nous constaterons un phénomène étrange: un très grand nombre de camping cars, parfois (trop souvent) d'une taille impressionnante, voire humiliante pour les population locales, descendent de la montagne, seulement le matin. Essentiellement immatriculés en France, je me demande encore aujourd'hui en rédigeant ce billet de blog comment ils ont pu (ou pas, probablement) remonter au pays avant le confinement.
Plus on s'élève (la pente est là mais jamais excessive), plus le paysage devient sauvage et sec et plus nous surplombons le fond de vallée, assez habité le long de l'ancienne route, plus courte mais plus pentue.
Une très belle expérience.
Vers 16h, depuis un point haut à 1320 m soit 800 m plus haut que Ait Baha quitté ce matin, il nous reste juste la descente vers le logement un peu luxe, conseillé par le guide du routard pour une nuit "inoubliable": il se situe en haut d'un promontoire naturel qui fut la Kashba de Tizourgane et que le propriétaire, natif des lieux, rénove depuis une vingtaine d'année, offrant actuellement une dizaine de chambres. Même à cette époque de l'année pourtant peu touristique je conseillerais de réserver, un groupe passant par là aurait vite fait d'occuper toutes les chambres.
Une route carrossable en fait le tour, un peu comme le Puy de Dôme et permet de laisser les vélos en sécurité. Puis il faut accéder aux logements par un escalier, les bagages étant pour leur part treuillés!
Au dessus des chambres, une grande terrasse avec 360 °C sur l'environnement montagneux.
En elle même la Kashba regroupe de nombreux bâtiments, restaurés selon les traditions du XIIIième siècle, dans un dédale de ruelles.

A l'intérieur comme à l'extérieur la rénovation est du meilleur goût, ainsi que le repas. Le gîte doit être complet ou presque ce soir.
Nous repartons un peu tard dans la matinée, encore une fois gênés par l'heure tardive du petit déjeuner, pourtant indispensable car, comme hier, il y aura peu ou pas de possibilités de ravitaillement d'ici à Tafraoute. Le plateau est néanmoins parsemé de petites bourgades, écrasées de chaleur dans la journée.
Par trois fois, la route va s'élever de façon notoire avec de moindres descentes, jusqu'à atteindre le point haut de 1650 m peu après avoir croisé la route R106, en provenance de Taroudant/Marrakech/Ouarzazate.
La montée finale vers le col est réellement magnifique: les sommets de l'anti-atlas se détachent dans un ciel bleu profond qui contraste avec l'ocre du désert. Des 3 massifs montagneux du Maroc, l'anti-atlas est le plus ancien géologiquement, le plus raboté et comme il est le plus au Sud, c'est probablement le plus désertique.
Au col, comme dans tout les endroits un peu stratégiques, des policiers contrôlent les passages. Généralement bonhommes, ceux-ci m'agressent (verbalement s'entend, on n'est pas en France!) assez violemment lorsqu'ils ont eu l'impression que je les prenais en photo.
Très belle descente sur Tafraoute alors que le soleil décline doucement et que les couleurs deviennent plus contrastées.
Nous resterons 2 jours à l’hôtel Salama, très bien situé en centre ville et ... totalement désert. Nous apprenons alors que Tafraoute est habituellement ces jours-ci l'objet d'un festival qui regroupe des milliers de touristes mais qu'il vient d'être annulé en raison du Coronavirus. Cette annulation de dernière minute explique d'une part que ce magnifique sanctuaire naturel 3* dans les guides soit anormalement calme et donne par ailleurs une explication aux dizaines de camping-cars que nous avons croisés hier et ce matin. En sortie de la ville, 3 immenses terrains vagues servent à recueillir tous les festivaliers, et ce tourisme de masse doit casser un peu le charme indéniable de cette ville du bout du monde, perchée à plus de 900 m d'altitude.
La journée de repos passe très vite: une bonne partie de la matinée a consisté à finaliser le plan des étapes d'ici à Dakhla, terme de la rando, que nous ne pourrons atteindre dans les temps qu'avec des intermèdes en bus. A peine le temps de se restaurer le midi dans une mini échoppe familiale comme on les aime. Plus tard on refait le plein de nourriture pour les 2 jours à venir, sans doute le plus bel achalandage du voyage.
Au soleil couchant, nous nous engageons pour quelques km sur la route R107 qui, via un long détour, assez attirant du reste, nous ramènerait sur notre itinéraire à Guelmim. D'après les guides les quelques km à la sortie de Tafraoute sur cette R107 sont magnifiques. Confirmation au soleil couchant.


Pour rejoindre Tiznit depuis Tafraoute, il y a un peu plus de 100 km. Un temps nous envisageons une grosse étape car le profil indique pas loin de 30 km de descente ou de faux plat descendant pour retourner dans la plaine. Cependant le périple sur le plateau de l'anti-atlas permettant d'atteindre le début de la descente va se révéler bien plus vallonné que prévu, qui plus est sous une belle chaleur. Qui plus est c'est tellement beau, pourquoi se presser? J'ai repéré un hôtel au début de la descente qui pourrait aider à couper l'étape en 2.
Par précaution cependant, on se lève de bonne heure et Dominique part 1 heure avant moi, l'aube à peine naissante. Les 15 premiers km, alors qu'il fait encore frais et en légère descente sont le plaisir du cycliste et le régal des yeux.
Je rejoins Dominique en bas d'un col.
Ça monte, mais l'environnement est de toute beauté.
Le col est accueillant pour une halte à l'ombre.
Après ce point haut, nous allons rester en plateau, avec de plus ou moins fortes ondulations, dans un environnement loin d'être inhabité, mais les villages seront souvent à l'écart de la route. A notre grande surprise, d'immenses propriétés, plus ou moins achevées et assez incongrues dans ce paysage semi-désertique parsèment notre route.
Enfin un village se présente qui permet de trouver une grande place ombragée, à côté de la mosquée, pour se restaurer: c'est étonnant mais cette bourgade semble inconnue sur les cartes alors qu'elle possède une mosquée avec une medersa très fréquentée par de jeune étudiants. Il est possible de se promener à l'intérieur de certains bâtiments de cette ensemble mosquée/medersa
Le village suivant au sortir de gorges possède lui aussi une mosquée impressionnante. Il figure sur les cartes (Jamaa Idaoussemlal) et on y trouve commerces et café: oui on donne l'impression de s'arrêter à tous les bistrots, mais il fait chaud et puis c'est les vacances!
La journée est bien avancée et décision est prise de s'arrêter à l’hôtel qui se trouve à proximité du col de Kerdous, à une dizaine de km de là. Nous dégustons nos derniers km dans les montagnes (nous sommes à plus de 1200 m), restons cloués un bon moment à regarder un immense troupeau de chèvres noires en quête de nourriture.
Difficile de rater l'hôtel Kerdous, 1 km sous le col du même nom et unique édifice dans cet environnement austère. Inondé de soleil, il surplombe la vallée de 1000 m, qu'on se réserve de dévaler demain au petit matin.
L’hôtel est immense, 80 chambres un peu délabrées, on est les seuls clients (!), la piscine pas encore fonctionnelle: heureusement un jeune homme assure le gardiennage avant la haute saison qui démarre 8 jours plus tard (quoique le Covid 19 a dû bien perturber la dite haute-saison, avant les grosses chaleurs de l'été). Aux petits soins pour notre tajine du soir.
NB: Bien souvent, c'est le cas ce soir par exemple, on nous dit que d'assez nombreux cyclistes passent la nuit dans ce type de relais quasi obligatoires, dans un sens ou dans l'autre, mais nos rencontres avec des collègues seront au total rarissimes: un français et un britannique peu après notre départ, et un espagnol à Tarfaya sur un vélo couché électrique en route depuis Barcelone. Retour à la pédale probablement impossible pour lui avec le confinement à venir car les vélos électriques ne peuvent prendre l'avion.
Même si l'étape est courte jusque Tiznit (55 km dont 30 en descente), elle n'en sera pas moins belle.
Contrairement à ce que l'on craignait un peu, il fait déjà chaud au cours des 15 km de descente raide jusque la grosse ville de Tighmi, qui, elle aussi, ne figure pas sur les cartes.
A Tighmi, difficile de s'arracher à la magnifique ambiance qui règne au centre ville, près du marché. Les faciès ont un peu changé: quelques types plus sahariens, berbères; les vêtements aussi: chèche blanc qui ne couvre pas entièrement la tête, babouches, burnous, fez (calot sur la tête), haïk (couverture totale du corps) pour les femmes (quelques fois). Et toujours cet accueil chaleureux dans les cafés. Plusieurs fois amenés à déplacer nos vélos: ils gênent le ballet incessant de voitures à plateau amenant ou emportant des victuailles. Des heures qu'on pourrait rester! Le pain est tout chaud en plus.
Ensuite nous pédalerons avec grand bonheur dans un fond de vallée descendant pendant plus de 10 km, exceptionnellement depuis Casablanca dans une direction plein Nord. Sur notre gauche un oued, à sec au mois de mars. On apprendra plus tard que cette région souffre d'absence de pluie depuis 2014. Ça tient encore avec les nappes phréatiques mais on peut se demander si les habitants de cette région ne sont pas destinés à devenir des réfugiés climatiques.
Au sortir des gorges, le contraste est saisissant: le désert, ici caillouteux, se fait prédominant. Plus d'arbres à l'horizon et un moyen de trouver ombre et eau, qui va devenir récurent par la suite, c'est de s'arrêter au niveau des stations services, généralement bien placées et achalandées. En plaine et à l'abri des vents côtiers, à mi-mars, ça commence à chauffer furieusement mais l'air reste sec.
Jusque Tiznit, plein Ouest à une vingtaine de km, nous retrouvons un vent latéral assez éprouvant.
Tiznit semble une ville étape assez agréable, avec des remparts mais l’hôtel que nous avions repéré est en travaux et nous décidons de tenter de nous rapprocher de la dernière partie de notre randonnée en prenant dès cet après-midi un bus à destination de Guelmim (à 100 km de là) ou de Tan Tan (à 250 km). Ce sera Guelmim: il a suffi d'attendre une demi-heure dans le coin des grand-taxis le passage d'un bus. Ça nous rassure sur la facilité qu'il y aura ultérieurement de voyager via le bus jusque Dakhla. Encore un bon point pour le Maroc.
Nous arrivons à Guelmim en fin d'après-midi. C'est une grande ville, moyennement accueillante du peu que nous en voyons. A la gare routière, on vérifie qu'il sera facile demain de trouver un transport vers Tan-Tan. Nous arrivons à nous loger mais la nuit est largement tombée après avoir perdu plus d'une heure à chercher un hôtel nous tendait les bras à quelques encablures de la gare routière: l'effet anesthésiant des bus sans doute.
Ici une remarque touristique: nous logerons dans cet hôtel Bahich du routard, pas génial mais excellent rapport qualité prix et très accueillant. Ce guide si précieux depuis le départ s'arrête là, à Guelmim alors que le grand sud marocain ne fait que commencer. Rien sur Tan Tan, Lâayoune, Tarfaya, Dahkla, etc, toutes ces villes parfois très grandes que nous allons traverser dans les jours à venir. Étonnant. Je m'étais aperçu de ce manque avant de partir de France et, sacrilège, avait feuilleté les autres guides du Maroc: idem. Merci pour la diversité de l'offre.
En plus, comme je l'ai déjà signalé à deux reprises, les cartes internet deviennent largement imprécises lorsqu’on dépasse Tiznit dans le Sud. Dernière remarque dans le même sens: le logiciel Maps.me, lui aussi très précieux depuis le départ pour toutes les informations touristiques qu'il donne, devient tout d'un coup très imprécis.
Donc, il reste un peu de place à l'aventure dans cette région: étonnant mais tant mieux, même si cette absence de visibilité va pas mal perturber notre fin de voyage. Je ne pense cependant pas que ce soit lié au fait que l'on s'approche de l'ex Sahara espagnol, annexé par le Maroc depuis les années soixante et qui a fait par la suite l'objet de troubles pendant plusieurs dizaines d'années.
Seule réminiscence visible de cette période de troubles: les contrôles routiers seront un peu plus nombreux et plus stricts: où allez vous, quel hôtel? voir à El Mersa, le dernier jour.
Nous arrivons à Tan Tan vers 11h du matin. Cette grande ville du désert que nous verrons trop rapidement est très attirante. Depuis la gare routière, nous nous rendons au centre ville pour y prendre un petit déjeuner (pas eu le temps ce matin au départ de Guelmim) à rallonge en discutant pas loin d'une heure avec le serveur de la ville et du Maroc.
Notre café est situé en face d'un palais.
Un peu plus loin, se trouve une des innombrables résidences du roi, entretenues à grand frais, notamment en citernes d'eau, pour une présence d'une fois par règne ou même jamais comme ici. Nous en ferons le tour, discuterons avec de nombreux soldats chargés de la garde du néant, mais pas question de photos.
Un mot sur cette royauté. Autant le prédécesseur de Mohamed VI (HassanII) était détesté, autant lui, Mohamed VI, est véritablement adulé par son peuple. Il faut dire qu'il a largement démocratisé le pays, ouvert les prisons pleines à craquer d'opposants politiques, délaissé une partie de ses pouvoirs (sauf les fonctions régaliennes quand même); mais aussi fait des investissements massifs, parfois discutables: par exemple, nous allons pédaler pendant 600 km jusque Lâayoune le long d'une autoroute du désert en construction dont l'utilité reste à démontrer.
En revanche on est frappé par le contraste d'avec le gouvernement qui lui est accusé de tous les maux dont souffre le Maroc: sous-emploi, crise économique depuis 2008. Alors que, il doit bien avoir un lien entre les 2, non?
Un dernier mot: nous avons donc vécu le début du confinement Covid 19 dans le pays. Outre la discipline bon-enfant avec laquelle il a été appliqué on a été frappé, rétrospectivement, par l'organisation sanitaire (masques etc) bien meilleure que la France, donneuse de leçons par ailleurs.
Pour se rendre compte de là où nous nous trouvons, ci joint une photo aérienne de Tan tan et de ses environs. Je voulais pédaler dans le Sahara: on y est!
Nous retournons à la gare routière et bien que midi approche nous obtenons facilement qu'un grand-taxi nous emmène sur le plateau à une dizaine de km du centre ville pour éviter une montée de 200 m en pleine cagna et contre le vent. Notre barda est déposé près d'une mosquée, en face de l'aéroport international. A nous de jouer.
Pour la pause déjeuner, nous nous posons à coté d'une maison pas finie, dans ce qui semble être un "immense" projet immobilier abandonné. L'éclairage du désert est déjà là!
Nous poursuivons notre route parfois à grande proximité du chantier de l'autoroute en construction, ouverture prévue en 2022.
Les points marquants du reste de la journée seront:
- le passage au fond de deux autres oueds: l'un d'entre eux est un refuge de flamants roses,
- l'arrêt au seul point d'eau/ravitaillement de la journée: la station service après le troisième oued. Vraiment bien venue, tout confort y compris le wifi.
- la curiosité géologique du jour: la grotte d'Akhfenir
Deuxième Oued:
Troisième Oued:
Les policiers rencontrés plus tôt ce matin nous ont également dit que des projets immobiliers (insensés?) allaient très certainement détruire ces niches écologiques qui abritent les flamants roses au cours de leur migration.
Juste après, LA station service.

La grotte d'Akhfenir.
Akhfenir, village de pêcheurs à l'origine est aujourd'hui une petite ville, relais des camions qui tracent leur route dans le désert. Ville étape très appréciée car rien 100 km avant et rien 100 km après. Nous serons 2 occupants dans l’hôtel du bord de mer. Excellent accueil mais l'hôtelier est catastrophé des annulations en série qu'il commence de recevoir suite à la pandémie de Corona virus. Nous partagerons la soupe avec lui ce soir, après la messe de 8 h. Un peu tristounet.
L'étape qui va nous mener à Tarfaya sera plus marquante que celle d'hier: la météo sera meilleure, les dunes seront maintenant très présentes dans notre proche environnement de pédalage. Le vent va nettement forcir permettant de belles moyennes lorsqu'il est de dos, ce qui ne sera pas toujours le cas lorsque la route contournera le parc national de Khenifis.
A mi-journée nous aurons la possibilité, nirvana du cycliste qui roule sur une route nationale, d'emprunter le goudron fraîchement posé du futur autoroute, seuls sur la 4 voies!!
Les derniers km du contournement du parc national se font avec un vent latéral fort qui, dans les rafales, nous envoie des giclées de sable pour le moins désagréables, enfin non c'est pour ça qu'on est venus dans ce coin perdu!
Puis, revenus en bord de mer sous le grand soleil, cela redevient grandiose et facile vent dans le dos.
Halte déjeuner dans LA station service du jour. Rien d'autre sur 110 km!
Sur la portion d'autoroute finie que nous suivons par la suite, magnifique effet mirage. Dominique pédale dans l'eau!
Quelques dromadaires, alors que nous passons le symbolique millième km pédalé depuis Casablanca.
Peu avant Tarfaya, nous quittons la N1, les 2 jours à venir seront beaucoup plus tranquilles. Le contrôle policier à l'entrée de la cité est assez minutieux, sous prétexte qu'on nous perde pas de vue dans le désert. Un hôtel nous est fortement recommandé, un coup de fil (à ?) est passé ? Admettons! Il est vrai que l’hôtelier ne paraîtra pas trop surpris de nous voir débarquer...
Tarfaya est nettement plus accueillante qu'Akhfenir hier, très animée en son centre en fin d'après-midi.
Tarfaya s'appelait, du temps des français Cap Juby. C'était une garnison militaire dont il reste un magnifique fortin.
Tarfaya était une halte importante sur la route de l'Amérique du Sud pour les avions postaux du temps de Saint-Exupery et sa bande: un petit musée, ouvert à la demande, y est dédié, que nous ne pourrons pas visiter malgré plusieurs tentatives. Et une pensée émue à la fille de nos amis d'Oyonnax qui sur les avions d'alors à refait ce trajet mythique il y a quelques années.

Tarfaya est également un petit port, soumis à de belles marées: une espèce de fort Boyard est accessible à pied à marée basse.
Tarfaya c'est aussi le sable et des dunes dès qu'on sort de la ville. Bref, ce fut certainement mon coin préféré, romantique à souhait. Bon hôtel près du port. Nous y rencontrons un Barcelonais en vélo couché électrique, soucieux de son retour au Pays qui commence à être malmené par le Coronavirus. C'est notre cas aussi (un peu) mais on sait que la France, comme le nuage de Tchernobyl, ne sera pas atteinte par l'horrible bestiole et puis tout est prêt: masques et tests "on n'en manque pas" nous dit la ministre alors pourquoi s’inquiéter, d'autant que les élection municipales sont maintenues.
A Tarfaya, je ne sais trop comment arranger les 130 km qui nous séparent de Lâayoune, terme de notre rando. Il faut "absolument" aller dans cette grande ville (en fait nous n'irons pas) pour se renseigner auprès de Royal Air Maroc ou du consulat de France ce qui se prépare pour notre retour au pays.
Le problème (qui se révélera insoluble) c'est que pour rejoindre Lâayoune au terme de 120 km en bord de mer il faudra affronter une belle côte face au vent qui se déchaîne de plus en plus. Par ailleurs on nous dit, à tort, que la ville côtière d'El Marsa, à 110 km de là et vent dans le dos n'aura pas de quoi nous héberger (conséquence d'absence de guide de cette région, cf plus haut). En partant de bonne heure on pourrait y arriver mais nous ne pourrions alors pas faire les courses nécessaires au départ de Tarfaya et ne pas visiter le musée St-Ex (qui restera fermé!).
De plus en plus je me dis qu'il va être temps de "rentabiliser" la tente et le matériel de couchage qui s'impatientent au fond des sacoches depuis plus 1000 km! En prévision, j’achète à tous hasard quelques bouteilles d'eau supplémentaires...
Nous partons sereins en début d'après-midi, bien le diable si on ne trouve pas un bout de plage accueillant.
Le début de la rando est superbe: bon goudron, vent dans le dos et (presque) en plein désert, des dunes de-ci de-là.
Une assez longue digression ici: depuis hier Akhfenir nous apercevons entre la route et la mer bon nombres de baraquements, plus ou moins bien entretenus, régulièrement répartis tous les 500 m environ, voire moins. Il y a aussi des baraquements de pêcheurs mais aussi, c'est saugrenu en ces lieux, des auto-stoppeurs. Un "pêcheur", en bord de route, nous renseigne: nous sommes proches des Canaries (30 km) donc de l'Espagne et de l'Europe: ces baraquements abritent des soldats de l'armée marocaine qui surveillent la côte, de jour comme de nuit (surtout de nuit je pense). Nous ne pourrons approcher ces baraques pour en savoir plus, car toutes sont protégées par des chiens assez agressifs.
Sauf que, au Sud de Tarfaya, alors que nous sommes toujours à faible distance des Canaries, ces baraquements vont subitement disparaître et laisser place a de très nombreuses maisons de "pêcheurs" qui nous paraissent suspectes: migrants potentiels? (esprit mal tournés que nous avons là).
Nous avions envisagé de bivouaquer 40 km au Sud de Tarfaya, au lieu dit xxx (station d'essence en construction). Mauvaise pioche: c'est très inhospitalier. Un grand carré militaire entouré de barbelés et des centaines de tentes de "pêcheurs", plein vent. Passons notre chemin.
La plage, continuelle ici, nous parait donc inaccessible pour le bivouac: une constellations de baraques de "pêcheurs" qui semblent arpenter sans but précis la plage. Ce n'est pas tant les migrants potentiels qui nous refroidissent, mais tous les trafics qui y sont généralement associés. Reste l’intérieur à l'abri d'une dune, car le vent souffle vraiment fort en cette fin d'après-midi; à tel point qu'en plusieurs occasions la route est partiellement recouverte de sable...
Le soleil baisse et toujours pas de coin campable, si là à 200 m à l'écart de la route; va falloir porter les vélos jusque là mais on sera bien.
Avec 5 à 6 l d'eau pour 2, on se débrouille pas si mal pour dîner (traditionnelles pâtes au thon) et petit déjeuner. On souffrira quand même un peu durant la nuit des rafales de vent qui passent sous le double toit et que la moustiquaire interne n'arrête pas!!
Réveil splendide. Tout est plein de sable, y compris les dérailleurs de vélo (penser à les protéger, une autre fois).
Il est malgré tout assez facile de repartir ce matin mais on sent bien que le vent a encore forci et que dès qu'il ne sera plus dans le dos ce sera dangereux (Patagonie en référence). Dégustons ces derniers instants magiques.
Peu avant Foum El Oued nous devons pédaler environ 1.5 km avec le vent latéral à notre gauche: chaque croisement de camions, nombreux ici, nous asperge d'une belle giclée de sable tandis que les dépassement provoquent des appels d'air très éprouvants. Chute de Dominique sans gravité.
A Foum el Oued, littéralement saouls de vent, alors que nous soufflons (!) un peu à l'abri du vent, je maintiens, un peu bêtement disons-le, le plan de rejoindre Lâayoune, 20 km plus à l'Est dans les terres. Alors qu'en un rien de temps nous pourrions rejoindre El Marsa et aviser là-bas. Résultat, nous l' atteindrons 4h plus tard et après une chute assez sévère (moi cette fois).
Quand on rejoint la N1 pour les 15 derniers km vers Lâayoun et que j'essaye d'y partir seul, je renonce vite, c'est trop dangereux. Aisément convaincu par ailleurs convaincu par les gendarmes qui me disent que j'aurai meilleur temps de rejoindre, dans l'autre sens, El Marsa et que je trouverai là-bas les grand-taxis qui m’emmèneront à Lâayoune si je le souhaite. A peine un regret de ne pas s'enfoncer dans ce qui, au loin, dans la direction de Lâayoune, ressemble à de gigantesques nuages de sable, comme dans Tintin et Milou.
Ok on y va, boum je tombe assez violemment suite à une erreur de débutant: un camionneur, involontairement responsable de ma chute, me bande la main. Il est temps que cela se termine!
10 km sur la 4 voies qui me paraissent bien long. A El Marsa, l'objectif est de trouver rapidement un grand-taxi pour nous emmener à Laayoune: mais c'est bizarre les chauffeurs sont plutôt réticents. Bon il y a médecin un peu plus loin: pas trop possible d'aller le voir, bizarre aussi.
A tout hasard, on me dit (grrr..., j'ai été effectivement mal renseigné hier) qu'il y a pleins d'hôtels à El Marsa: aucun n'accepte de nous recevoir mais personne ne nous donne la clef de ces bizarreries à répétition: le Maroc se confine ce soir et tout est en train de fermer, hôtels, cafés restaurants et commerces pour ce qui nous concerne au quotidien.
Nous errons en ville à la recherche d'un hôtel, y compris haut de gamme, lorsqu'un policier s'interpose et nous explique la situation; après vérification des papiers, et au vu de notre situation désespérée (n’exagérons rien), il téléphone à l'un des hôtels vus précédemment et obtiens qu'au moins on puisse prendre une douche (il y a eu l'étape d'hier, le camping, l'étape d'aujourd'hui, les chutes!!)
Ceci fait, je fonce à la pharmacie avant qu'elle ne ferme et dans laquelle je trouve de quoi soigner mes plaies à la main et au genou; j'en profite pour acheter des masques qui je l'ignore ce jour là me servirons pendant les 2 mois de confinement dans notre pays sous-développé en la matière...
Finalement, même si la fatigue s'est accumulée, la solution qui nous est offerte est de prendre un bus de nuit et de rejoindre ainsi Dakhla, d'où partira notre avion dans 3 jours. Deuxième nuit de suite un peu blanche.
En attendant le bus, une agence de la Royal Air Maroc nous apprend que notre vol Dahkla Casablanca est maintenu, celui de Casa à Paris supprimé mais qu'il y aura des vols Air France (ou Transavia) pour nous ramener. Nous n'arriverons jamais dans les 3 jours à venir à obtenir plus que ces informations qui se révéleront assez exactes: merci madame.
Ainsi fut fait: dommage ou tant mieux (nous forcera à revenir) nous ne verrons pas les 500 km de désert qui nous séparent de Dahkla. Le bus est plein, notamment de gens qui retournent plus au Sud (Mauritanie, Sénégal) à cause du confinement. Nos vélos voyagent dans un camion spécial de la compagnie: j'aime pas trop mais tout sera réglo.
A Dakhla, heureux de trouver un premier hôtel à 5 h du matin. Puis de récupérer nos vélos dans la matinée, puis de pouvoir se restaurer grâce à une sandwicherie qui fournit des hamburgers à déguster sur la plage. Heureux de trouver un meilleur hôtel qui nous accepte pour les 2 nuits à venir. Heureux de trouver des couturiers africains qui nous fabriquent deux sacs en toile pour remplacer les cartons nécessaires pour emballer les vélos à notre retour en avion.
Heureux de pouvoir pédaler quelques km encore le long de l'océan désertique et balayé par le vent.
A Casablanca, même si les informations "Air France" furent parfois abracadabrantesques, nous aurons (beaucoup) de chance de rentrer le jour prévu à Paris, soit 2 jours après le début confinement.

Et à l'extrême bout du voyage, nous aurons la joie de devoir remonter nos vélos à la gare du Nord et une fois fait (rien de cassé heureusement) se faire une traversée de Paris confiné totalement désert à minuit passé: inoubliable sachant qu'on n'était pas près de ressortir!!
En partant de Casablanca, nous sommes essentiellement restés sur la côte Ouest à l'exception notable d'une incursion dans l'anti-atlas, à l'Est d'Agadir. Afin de rentrer à temps nous avons pris le bus à 2 occasions, une fois pour se rapprocher des régions désertiques puis dans l'ex Sahara Espagnol et rejoindre Dahkla, non loin de la frontière mauritanienne.
Sur la carte ci-dessous les tracés pédalés sont en rouge et ceux en bus/grand-taxi (une spécialité marocaine) en bleu.
NB: nous sommes partis mi Février alors que le Corona virus ne faisait que pointer le bout de son nez en Europe et snobait l'Afrique, notamment celle du Nord. Le retour était prévu le 19 Mars, soit deux jours après la mise en place du confinement en France mais aussi au Maroc. Nous avons pu rentrer le jour prévu, mais pas sur le vol prévu.
DE CASABLANCA A AGADIR PAR LA CÔTE
Dans cette première partie, on va donc cheminer le long de la côte jusque Agadir.
A Casablanca, nous sommes restés deux jours et donc 2 nuits chez Leyla, correspondante du site Warmshower et dont nous avons avons tant apprécié l'accueil. Outre un problème dentaire à régler (rapporté ici seulement pour souligner combien ce fut facile de trouver un endroit pour se faire soigner le jour même), il nous fallait finaliser quelques aspects du voyage: remonter les vélos, comme d'habitude, trouver un réchaud (les normes européennes n'ont pas cours au Maroc), trouver un moyen de transport afin d'éviter d'avoir à pédaler dans l'agglomération* mais aussi visiter un peu Casa et remercier Leyla pour son accueil par un bon resto près de la corniche.
* En tout point de Casablanca et dans tout le Maroc, on trouve facilement des stations de "grand-taxis" (par exemple des Dacia Lodgy), prêts à transporter des voyageurs, jusque 6 personnes, sur des distances de plusieurs dizaines de km à des prix plus que raisonnables. Équipés de galeries métalliques, il est facile d'y installer nos 2 vélos (penser à enlever les 2 pédales).
| La grande mosquée, un peu mégalo |
Le grand-taxi nous dépose comme convenu à une quinzaine de km en amont de la ville d'Azemmour. Coup de chance, façon de bien démarrer la rando, les bagages sont déchargés juste en face d'un resto avec tonnelle et brochettes et il est midi bien tapé!
Même s'il fait un peu chaud, dès le départ nous ressentons avec grand plaisir le doux zéphyr, bien orienté (en gros Nord Nord-Est), qui va nous pousser tout au long (ou presque) de notre périple.
Ici il est relativement modéré comparativement à celui de la fin de séjour, proche de la tempête de sable avec des rafales à plus de 50 km/h: une impression de "vizir sur un tapis volant" quand il nous poussera gentiment, une impression de jouer sa vie à chaque véhicule que l'on croise ou qui nous double lorsqu'il soufflera très fort et latéralement.
Rapidement nous arrivons à Azemmour première des villes fortifiées par les Portugais au XVIième siècle qui vont jalonner notre route jusqu'à Essaouira. Azemmour a en plus la chance d’être irriguée par un oued assez important, ce qui ne sera plus le cas dans le Sud.
Il est temps de faire le "plein" de fruits et légumes. Leur saveur sera un régal tout au long du voyage. On se demande encore comment ils perdent autant de goût lorsqu'ils arrivent en France, tout en ayant multiplié leur prix par...au moins 5.
El Jadida, à une vingtaine de km d'Azemmour, est notre modeste objectif pour ce premier jour. Cette région, encore proche de Casablanca est un peu abîmée par des constructions de tous ordres. Et notamment des complexes hôteliers qui, ayant privatisé la route, nous empêcheront durant quelques km de longer la côte. Ce sera néanmoins la seule fois et nous aurons finalement le plaisir de pouvoir arriver à El Jadida en ayant rattrapé le-dit bord de mer.
Cette citée est ceinte de rempart comme la précédente. L'intérieur des remparts est assez terne alors que, juste en face, la médina dans laquelle se trouve l'hôtel bouillonne d'activités en cette fin d'après-midi.
Deux remarques dès ce premier soir:
- si les journées, y compris au bord de l'Océan, sont chaudes les soirées et les nuits sont (très) fraîches; les couvertures dans les riads sont plus que nécessaires;
- pour une raison qui nous est restée mystérieuse*, le Maroc, en cette année 2020, reste à la même heure que l'Europe de l'Ouest, alors qu'il est censé être sur le même fuseau horaire que Londres. En conséquence, en cet fin de Février, la nuit tombe assez tard mais le jour se lève (très) tard, au delà de 8h. Aucun signe de vie n'est perceptible avant 7h30 du matin et les petits déjeuners dans les hôtels sont rarement disponibles avant 8h30.
* c'est une pratique nous a-t-on dit qui a cours parfois durant le ramadan.
A El Jadida, notre hôtel ne fait pas le petit déjeuner et il nous faut trouver un mini café, extrêmement actif et efficace, alors que les écoliers viennent y prendre un en cas pour la matinée. Un bain de vie locale des plus agréables.
Ensuite visite de la citadelle fortifiée à l'intérieur des remparts, classé à l'Unesco, qui offre de belles vues sur la mer et une ancienne citerne de toute beauté.
Le deuxième jour de pédalage, le programme est plus ambitieux et doit nous permettre d'atteindre Oualidia à 80 km de là.
L'immense et déserte station balnéaire de Sidi Bouzid à la sortie de El Jadida ne donne pas envie, pas plus, et là c'est normal, que le port pétrolier de Casablanca un peu plus loin sur notre route. Mais j'adore toujours autant me projeter dans la vie économique des pays que je traverse.
Pour le déjeuner, il est rassurant de voir qu'il sera assez facile de s'arrêter manger un bon tajine pratiquement partout. On finira par s'en lasser (un peu) mais c'est une bonne sécurité!
C'est surtout en fin d'après-midi, alors qu'on approche d' Oualidia, que se focalise l’intérêt de la journée. Un phénomène géologique a provoqué le creusement d'une lagune d'une dizaine de km, délimitant ainsi un cordon de quelques centaines de mètres en bord de mer, tantôt constitué de dunes, parfois cultivé.
On conseille ici, à Oualidia, de descendre au niveau de la lagune pour trouver à se loger bien qu'à cette époque de l'année peu d'établissements sont ouverts. Le notre est tellement heureux d'avoir des clients que le menu du soir sera augmenté de tous les poissons et crustacés qui sinon vont être perdus!
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| Face à la lagune de Oualidia |
Le but du troisième jour est la grande ville de Safi, pas si loin que ça. Heureusement car les quarante premiers km, et ce sera la seule exception, vont se faire contre le vent, assez fort. Après la pause déjeuner il faiblira et ne nous gênera pas, d'autant plus que notre direction générale ne sera plus tout à fait la même.
Avant déjeuner: jolis paysages de bord de mer, vus du haut d'une falaise d'environ 100/120 m de haut.
Pause tajine à El Beddouza qui est un cap. Au delà, la direction SSO sera plus marquée au Sud jusque Safi et son golfe.
| En quittant El Bedouzza |
L'après-midi sera marquée par une première rencontre avec des dromadaires et de très belles perspectives sur les falaises.
Safi au fond d'une baie est une ville industrielle (un port, beaucoup d'usines de transformation du poisson - bonjour l'odeur) mais aussi une ville fortifiée par les Portugais (!) et mérite sûrement une petite visite que nous n'aurons pas le temps ou le courage de faire. Cette fois la médina est contenue dans la citadelle mais nous resterons dans le riad (géré par un français) dans lequel notre arrivée, tardive, a semé un certain désordre. Fatigue du troisième jour.
Il nous reste environ 140 km pour atteindre Essaouira, en 2 étapes. Celle à venir pourrait se terminer dans un gîte très bien placé pour couper l'itinéraire en 2. Néanmoins il semble être au milieu de nulle part sur la côte et je m'attends à ce qu'il puisse ne pas être ouvert en cette période de l'année, ni même qu'il existe réellement! On verra bien, c'est pour pallier à ce type de situation que nous portons le matériel de camping.
Toute une zone industrielle à la sortie de la ville. Il nous sera demandé de ne pas prendre de photos. Une voie ferrée la relie à Safi.
Puis très vite nous remontons sur les hauteurs des falaises, ce qui diversifie la façon de voir les paysages.
Avant de redescendre sur Souira Qdima, ville fortifiée par qui l'on sait...
On s'y trouve bien pour la pose du midi. 2 petites échoppes comme on les adore permettent de déjeuner très agréablement (avec des frites) en discutant avec une française qui nous donne pleins d'informations inattendues sur cette petite ville: elle est l'endroit au bord de la mer le plus proche de Marrakech. De grands investissements ont démarré, avant la crise de 2008, qui avaient pour but d’accueillir les marocains de l'intérieur pendant la saison chaude mais aussi pleins de français en retraite, en concurrence d' Essaouira, plus branchée/bobo.
Aujourd'hui, 12 ans après la crise, le chantier est peu avancé et laisse peu d'espoir d'achèvement (et encore, ceci était avant la crise du Covid-19). Une seule chose qui m'agace un peu dans ce mode de vie des européens est la trop grande facilité de faire les aller-retours en France à des prix imbattables: du genre je vais chercher le sel à Paris et je reviens.
A la sortie de la ville il faut deux fois remonter sur le plateau, tout en s'éloignant de la côte. Sans que ce soit insupportable, force est de constater que rapidement alors qu' on s'enfonce dans les terres le vent faiblit en même temps que le thermomètre s'affole un peu (dès fin Février!). Une sacoche de Dominique se détache en pleine descente, sans conséquence. Il y a assez peu de circulation, essentiellement des camions de chantiers.
Avant de rejoindre à nouveau la côte, nous pédalons, apéritif avant les grandes étendues désertes du Grand Sud, à proximité de terrains ensablés.
Puis 2 rencontres animalières.
Le gîte improbable qui nous attend (peut-être) ce soir se tient un peu à l'écart du village de pêcheurs Bihbha, lui même en bord de mer à quelques encablures de la route principale sur laquelle nous cheminons depuis El Jadida, soit une départementale peu fréquentée. Allonzivoir donc.
Mais oui, il existe bel et bien et est ouvert.
Comme souvent au Maroc, semble-t-il, des français ont "investi" il y a quelque temps (encore une fois avant la crise de 2008) dans la rénovation de maisons et suffisamment spacieuses pour y aménager des chambres. Moyen aussi d'arrondir des petites retraites. Pourquoi pas. Ce soir les propriétaires sont en France mais des amis maintiennent la réception. C'est mignon comme tout. Nous sommes seuls pour les 4 chambres disponibles. Excellent repas, qui plus est avec bière, rarissime en ces contrées!
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Le lendemain nous prenons le temps de déambuler dans le village de Bihbah lui même, village de pêcheurs mais quasi désert à cette époque, plus actif l'été avec une mini usine de transformation du poisson. Le vent est fort sur les rochers qui bordent l'Océan.
La côte se grimpe en pleine digestion et sous la chaleur...Nous atteignons l'altitude inimaginable de 190 m !
De très longues lignes droites, vent dans le dos, nous permettent de récupérer de l'effort consenti et de rejoindre la grande route qui arrive de Marrakech pour les derniers km vers Essaouira. Curieusement, avant de rejoindre cette route, de nombreux logements sont proposés, relativement onéreux alors que l'attrait de ce coin me semble limité. Banlieue moins chère qu'Essaouira ?
Essaouira s'atteint après une vue panoramique depuis un belvédère et donc une grande descente jusque dans les faubourgs.
Essaouira, ville fortifiée par les portugais, je promets c'est la dernière!
Essaouira la venteuse et ses vagues qui se fracassent avec violence sur les rochers et les remparts Ouest. Spectacle dont je ne me lasse pas.
Essaouira, port de pêche important, vente à la criée.
Essaouira sera la seule ville dans laquelle on trouvera une activité touristique non négligeable, quoique modeste à cette époque de l'année. Mais l'offre de logement est très importante et trouver un riad avec petit-déjeuner sur le toit est "très tendance".
Par 2 fois, nous prendrons le repas du soir dans des micro restaurants des plus typiques local. Rencontre avec un allemand journaliste bavard mais bien sympa.
Le découpage des 3 étapes à venir qui vont nous amener à Agadir, à 220 km d'Essaouira, est des plus incertains et pour une part dépendra de l'état des routes que nous rencontrerons. Le but est de rester le plus possible à proximité de la mer et d'éviter ainsi d'avoir à pédaler sur la N1 plus fréquentée. Un français que nous avons rencontré au début de la rando nous avait dit que les petites routes seraient asphaltées, ce fut loin d'être le cas. Enfin, notamment le premier jour, logements et point de ravitaillement sont incertains. Un peu d'aventure à venir donc.
Dès la sortie d'Essaouira, dans une banlieue assez chic, c'est une portion non goudronnée que nous empruntons sur une quinzaine de km. Comme d'habitude il fait nettement plus chaud alors qu'on s'est un peu éloigné du bord de mer.
Peu avant Sidi Kaouki, nous rejoignons la P2201, goudronnée, et pique-niquons sur la plage à l'entrée du village, station balnéaire déserte ce jour là, à part un chameau pour touristes et qui joue son rôle avec aisance.
A l'abri du vent, 3 cafés, bien sympas, se disputent les rares visiteurs. Il est temps d'entamer cette partie du trajet qui doit serpenter, pendant les 2 jours à venir, parmi les arganiers, dont les fruits produisent l'huile d'Argan, les savons à l'Argan, l'eau de toilette à l'argan, bref l'or...jaune du coin, incontournable dans les boutiques d' Essaouira. Moyen d'émancipation, nous verrons plusieurs coopératives revendiquées uniquement féminines.
Conformément à l'image d'Epinal, nous apercevrons à plusieurs reprises des chèvres brouter plus ou moins haut perchées dans ces arbres.
Pédaler là, "même qu'il fait chaud", est des plus agréables. Ce qui tourne mal ensuite, c'est notre route: dans un virage à gauche qui fait remonter la P2201 sur la N1, la piste qui prend dans le-dit virage pour rester à flanc de colline est d'évidence trop sablonneuse pour être empruntée par nos vélos. C'est un grand détour qu'il faut faire: non seulement on retourne sur la N1 mais ça oblige à passer un col à plus de 450 m et nous risquons fort de ne pouvoir atteindre le gite prévu ce soir à Tafedna.
Une bonne solution est trouvée alors qu'on se repose quelques instants à Smimou: Dominique prendra un grand-taxi pour les 10 km à venir (comprenant le col) avec une partie de mon barda, je la rejoins en passant le col et il nous restera plus qu'à se laisser glisser (pas tant que ça) dans les faux plats descendants qui amènent à Tafedna, en bord de mer au soleil couchant.
Plusieurs petites remontées, de celles qui font mal en fin d'étape, nous font arriver limite fin du jour dans ce village de pêcheurs du bout du monde. Mais ça va valoir le coup.
Ici, à Tafedna les logiciels Maps.me et Ioverlander indiquaient une possibilité de dortoir. Mais où? Le village n'est pas grand mais les premières personnes rencontrées l'ignorent. L'une d'elle nous parle de " l'Anverte" mais mon arabe est insuffisant.
Prêts à monter la tente sur la plage et de nuit, un jeune homme fort sympathique se présente, nous ouvre un logement très sommaire (en sanitaire) mais qui fait le bonheur du randonneur fatigué. Ce logement est situé dans une ruelle qui surplombe la première rangée de maisons et bonne nouvelle l'épicerie qui le jouxte est encore ouverte. Au rez-de-chaussée le jeune homme nous prépare un tajine de poisson. Moral revenu au beau fixe. La chambre donne sur les barques de pêcheurs.
Au sortir du tajine de poisson, vers 21h, le village est en pleine activité! Les pêcheurs et leurs commis préparent la sortie nocturne, prévue vers 2h du matin, en épinglant des appâts à base de vairons et d'une pâte, à raison de plusieurs dizaines d'hameçons par ligne traînante. Chaque barque emporte des dizaine de lignes. Un vingtaine de barques seront amenées par un tracteur dans la mer montante vers minuit. On est loin des chalutiers japonais ou européens qui croisent un peu plus loin en mer et appauvrissent les côtes marocaines encore un peu poissonneuses d'après de ce que nous en voyons ce soir. Fatigués par une rude journée notre projet de descendre regarder comment ça se passe dans la nuit s'évanouira dans nos songes.
Dernière particularité de Tafedna, et non des moindres: ce village a fait partie durant la seconde guerre mondiale des sites de débarquement des américains à la reconquête de l'Afrique dans un premier temps avant de remonter par l'Italie. En hommage ils ont laissé quelques bâtiments pour le développement du village.
D'autres logements auraient été disponibles dans le coin, mais nous n'aurions pu les trouver de nuit et tout compte fait cette nuit chez l'habitant dans ce village restera un point fort de la rando.
Nous quittons à regret ce coin qui semble n'avoir pris que le minimum de la modernité et semble ne pas trop en souffrir (ou s'en contenter). Dominique avait oublié son casque dans le taxi hier et un collègue taxi nous le ramène alors que nous nous apprêtons à partir. Pas belle la vie?
A peine sorti du village, un panneau indique sur la droite la possibilité d'un gite qui s'appelle l’Âne Vert!! Vous m'en direz tant.
Peu de chances a priori, que l'étape prévue aujourd'hui, qui comporte sur plus de 70 km deux montées de plus de 300 m, puisse se faire. De plus, comme je l'avais entraperçu hier soir en arrivant aux dernières lueurs du jour, nous allons démarrer l'étape sur une piste, où l'allure est généralement deux fois moindre que sur goudron. Qu'importe il y a un gros village de surfeurs, Imsouane, à 35 km, on pourra toujours y trouver un point de chute.
Dans un premier temps il faut remonter sur le bord de la falaise, à 200 m, tant qu'il ne fait encore trop chaud. Surement un des plus beaux paysages jusqu'à présent.
Cahin-caha, la piste continue de s'élever doucement, tout en restant en bord de mer: un régal. Bien qu'il ne soit pas très tard nous faisons la halte de midi dans une niche de la falaise avec vue imprenable. Probable que j'y ai attrapé un coup de soleil qui se paiera ce soir... Je nous sert un café, afin de tester le réchaud acheté à Casablanca et qui doit légèrement fuir, étant donné l'odeur de gaz continuelle dans ma sacoche. Il nous rendra bien des services en fin de rando.
On va s’échiner encore quelques km sur la piste de plus en plus mauvaise avant de retrouver le goudron. Atteindre Imsouane sera finalement un objectif plus que raisonnable.
Après avoir retrouvé le goudron, nous reprenons, comme la veille, un cheminement sur le plateau parmi les arganiers, les chèvres et leurs gardiens.
Plus loin, une incompréhension avec un vieux chevrier qui semblait nous offrir de l'eau alors qu'en fait il voulait prendre la notre (gourde comprise) au bord de la route est sur le point de mal tourner! Peu de temps après une épicerie est la bienvenue pour se réapprovisionner car le soleil tape assez fortement: mon bras droit est cramoisi et il faudra rapidement trouver un vêtement protecteur.
Nous atteignons Tilit, superbe village, avant de plonger vers l'Océan (pentes raides). Un dernier raidillon cependant nous oblige à nous employer dans un décor lunaire de toute beauté.
Cette fois, la dernière descente, de folie, nous amène directement dans le village d'Imsouane.
C'est effectivement un village entièrement tourné vers le surf. Filles et garçons de toutes nationalités, et de toute beauté conformément à l'image d'Epinal, semblent apprécier ce qui nous parait n'être que des vaguelettes. Notre hôtel est très accueillant mais j'en profiterai peu, assommé par mon coup de soleil.
Donc nous sommes en retard. En retard de quoi? On ne sait pas trop. Toujours est-t-il que nous souhaitons atteindre Agadir aujourd'hui et que pour ce faire nous préférons avancer d'une trentaine de km en taxi. Et hop les 2 vélos sur la galerie, et hop les sacoches partout, et hop 3 autres voyageurs dans la Lodgy toute neuve. Nous voici vite fait à Tamri.
Il est temps de prendre un bon café, de se ravitailler au marché, derrière la grand route et d'acheter un survêtement pour me protéger les avant-bras.
Il nous reste une cinquantaine de km pour rejoindre Agadir, sur la N1 (trafic raisonnable mais restons vigilants). Bientôt nous retrouvons le bord de mer et son vent plutôt favorable et une belle température (toujours dans le raisonnable, environ 30 °C ?) lorsqu'on est abrité du vent.
Il est possible d'éviter une dizaine de km de la N1, au niveau de la station balnéaire de Taghazout, avec une promenade cyclable au bord de mer des plus agréables.
Il en sera de même le lendemain matin lorsque nous quitterons Agadir que nous ne verrons pratiquement pas, sans trop de regrets car la réputation de l'hyper-tourisme n'est pas pour nous plaire. Notre hôtel ce soir, nettement plus cher que précédemment ne pourra pas nous fournir le wifi, bigbrother lui interdisant l'entrée de la chambre!
Nous allons quitter le bord de mer pour une escapade de 250 km dans les montagnes de l'anti-atlas.
Ça commence bien, par une promenade plutôt agréable le long du bord de mer et de la fameuse plage (7 km) qui a fait la réputation d'Agadir.
Ici tout est neuf pour 2 raisons:
- Agadir a été entièrement détruit par le terrible tremblement de terre de 1960: 12000 morts,
- Agadir connait un développement touristique sans fin, quoique la crise de 2008 + celle à venir en conséquence de la pandémie du coronavirus risque de retarder les choses.
Toujours est-il que c'est la sortie de la ville qui est sans fin. Plus de 15 km sur une 4 voies chargée avant de quitter la N1 vers le sud Est et le massif de l'anti-atlas, que l'on ne devine même pas pour l'instant. Comme un acte manqué, ces 15 km j'avais omis de les prendre en compte pour évaluer l'étape du jour et cela risque de nous faire arriver un peu tard à Ait Baha déjà au cœur des montagnes!!
Même lorsque l'on quitte la N1 pour la R195 vers le Sud-Est, l'étape reste difficile à appréhender: grandes lignes droites assez passantes, chaleur qui augmente et villes sans fin au long d'une plaine côtière d'environ 30 km que nous traversons dans sa grande largeur.
Pour se restaurer à midi nous achetons ce qu'il faut au bord de la grand-rue dans ce qui semble être le centre ville de Biougra, et dès que nous nous enfonçons à l'écart de l'agitation de l'axe principal, nous retrouvons le Maroc authentique et accueillant pour déguster nos fruits et légumes (nettement plus de 5 par jour).
En partant, c'est l'heure de la prière et Dominique est invitée à suivre la prière dans la partie de la mosquée réservée au femmes, si si ça existe. Extrême gentillesse en tous cas.
La chaleur augmente sensiblement au cours des 20 derniers km de traversée de la plaine avant d'attaquer la montagne, maintenant nettement visible.
Bon, ça va faire un peu court pour atteindre l’hôtel que j'ai réservé à Ait Baha, 500 m de dénivelé au dessus de nous. Coup de chance (certes un peu forcé!), Dominique peut faire la montée dans une voiture à plateau. La gentillesse des chauffeurs est d'autant plus remarquable que cette pratique (charger des touristes gratuitement) est interdite au Maroc. La liberté au Maroc, c'est bien mais il y a des limites malgré tout.
Allégé de 2 de mes sacoches, j'arriverai peu avant la tombée de la nuit à Ait Baha, baignée de couleur rosées assez magiques.
| Sans doute la pente la plus rude du voyage |
Le soir vers 21h30, il est encore temps d'acheter les provisions pour le lendemain mais aussi des nu-pieds, juste comme il faut et pour...3 fois rien.
Deux étapes très montagneuse nous attendent depuis Ait Baha jusque Tafraoute. Ce sont les étapes que j'ai travaillé le plus avant le départ pour repérer les échoppes (donc les points d'eau), les restaurants et bien sûr les logements. Très peu de facilités en fait, mais un logement prometteur pile au milieu.
Il faut grimper pas loin de 1000 m et disons-le sans détour il va faire chaud. Certes l'air est sec mais quand même. Par ailleurs le vent est très nettement tombé, même s'il reste favorable.
La route est très calme, néanmoins aujourd'hui comme demain nous constaterons un phénomène étrange: un très grand nombre de camping cars, parfois (trop souvent) d'une taille impressionnante, voire humiliante pour les population locales, descendent de la montagne, seulement le matin. Essentiellement immatriculés en France, je me demande encore aujourd'hui en rédigeant ce billet de blog comment ils ont pu (ou pas, probablement) remonter au pays avant le confinement.
Plus on s'élève (la pente est là mais jamais excessive), plus le paysage devient sauvage et sec et plus nous surplombons le fond de vallée, assez habité le long de l'ancienne route, plus courte mais plus pentue.
Une très belle expérience.
| Excellente idée |
Vers 16h, depuis un point haut à 1320 m soit 800 m plus haut que Ait Baha quitté ce matin, il nous reste juste la descente vers le logement un peu luxe, conseillé par le guide du routard pour une nuit "inoubliable": il se situe en haut d'un promontoire naturel qui fut la Kashba de Tizourgane et que le propriétaire, natif des lieux, rénove depuis une vingtaine d'année, offrant actuellement une dizaine de chambres. Même à cette époque de l'année pourtant peu touristique je conseillerais de réserver, un groupe passant par là aurait vite fait d'occuper toutes les chambres.
Une route carrossable en fait le tour, un peu comme le Puy de Dôme et permet de laisser les vélos en sécurité. Puis il faut accéder aux logements par un escalier, les bagages étant pour leur part treuillés!
Au dessus des chambres, une grande terrasse avec 360 °C sur l'environnement montagneux.
En elle même la Kashba regroupe de nombreux bâtiments, restaurés selon les traditions du XIIIième siècle, dans un dédale de ruelles.

A l'intérieur comme à l'extérieur la rénovation est du meilleur goût, ainsi que le repas. Le gîte doit être complet ou presque ce soir.
Nous repartons un peu tard dans la matinée, encore une fois gênés par l'heure tardive du petit déjeuner, pourtant indispensable car, comme hier, il y aura peu ou pas de possibilités de ravitaillement d'ici à Tafraoute. Le plateau est néanmoins parsemé de petites bourgades, écrasées de chaleur dans la journée.
Par trois fois, la route va s'élever de façon notoire avec de moindres descentes, jusqu'à atteindre le point haut de 1650 m peu après avoir croisé la route R106, en provenance de Taroudant/Marrakech/Ouarzazate.
| Amalwo |
La montée finale vers le col est réellement magnifique: les sommets de l'anti-atlas se détachent dans un ciel bleu profond qui contraste avec l'ocre du désert. Des 3 massifs montagneux du Maroc, l'anti-atlas est le plus ancien géologiquement, le plus raboté et comme il est le plus au Sud, c'est probablement le plus désertique.
Au col, comme dans tout les endroits un peu stratégiques, des policiers contrôlent les passages. Généralement bonhommes, ceux-ci m'agressent (verbalement s'entend, on n'est pas en France!) assez violemment lorsqu'ils ont eu l'impression que je les prenais en photo.
Très belle descente sur Tafraoute alors que le soleil décline doucement et que les couleurs deviennent plus contrastées.
Nous resterons 2 jours à l’hôtel Salama, très bien situé en centre ville et ... totalement désert. Nous apprenons alors que Tafraoute est habituellement ces jours-ci l'objet d'un festival qui regroupe des milliers de touristes mais qu'il vient d'être annulé en raison du Coronavirus. Cette annulation de dernière minute explique d'une part que ce magnifique sanctuaire naturel 3* dans les guides soit anormalement calme et donne par ailleurs une explication aux dizaines de camping-cars que nous avons croisés hier et ce matin. En sortie de la ville, 3 immenses terrains vagues servent à recueillir tous les festivaliers, et ce tourisme de masse doit casser un peu le charme indéniable de cette ville du bout du monde, perchée à plus de 900 m d'altitude.
La journée de repos passe très vite: une bonne partie de la matinée a consisté à finaliser le plan des étapes d'ici à Dakhla, terme de la rando, que nous ne pourrons atteindre dans les temps qu'avec des intermèdes en bus. A peine le temps de se restaurer le midi dans une mini échoppe familiale comme on les aime. Plus tard on refait le plein de nourriture pour les 2 jours à venir, sans doute le plus bel achalandage du voyage.
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| Où est Charlie? |
Au soleil couchant, nous nous engageons pour quelques km sur la route R107 qui, via un long détour, assez attirant du reste, nous ramènerait sur notre itinéraire à Guelmim. D'après les guides les quelques km à la sortie de Tafraoute sur cette R107 sont magnifiques. Confirmation au soleil couchant.
Par précaution cependant, on se lève de bonne heure et Dominique part 1 heure avant moi, l'aube à peine naissante. Les 15 premiers km, alors qu'il fait encore frais et en légère descente sont le plaisir du cycliste et le régal des yeux.
Je rejoins Dominique en bas d'un col.
Ça monte, mais l'environnement est de toute beauté.
Le col est accueillant pour une halte à l'ombre.
Après ce point haut, nous allons rester en plateau, avec de plus ou moins fortes ondulations, dans un environnement loin d'être inhabité, mais les villages seront souvent à l'écart de la route. A notre grande surprise, d'immenses propriétés, plus ou moins achevées et assez incongrues dans ce paysage semi-désertique parsèment notre route.
Enfin un village se présente qui permet de trouver une grande place ombragée, à côté de la mosquée, pour se restaurer: c'est étonnant mais cette bourgade semble inconnue sur les cartes alors qu'elle possède une mosquée avec une medersa très fréquentée par de jeune étudiants. Il est possible de se promener à l'intérieur de certains bâtiments de cette ensemble mosquée/medersa
| L'arrivée au village |
| Dans la medersa |
| A la sortie du village |
La journée est bien avancée et décision est prise de s'arrêter à l’hôtel qui se trouve à proximité du col de Kerdous, à une dizaine de km de là. Nous dégustons nos derniers km dans les montagnes (nous sommes à plus de 1200 m), restons cloués un bon moment à regarder un immense troupeau de chèvres noires en quête de nourriture.
Difficile de rater l'hôtel Kerdous, 1 km sous le col du même nom et unique édifice dans cet environnement austère. Inondé de soleil, il surplombe la vallée de 1000 m, qu'on se réserve de dévaler demain au petit matin.
| Peu avant le col de Kerdous, plantation de conifères? |
L’hôtel est immense, 80 chambres un peu délabrées, on est les seuls clients (!), la piscine pas encore fonctionnelle: heureusement un jeune homme assure le gardiennage avant la haute saison qui démarre 8 jours plus tard (quoique le Covid 19 a dû bien perturber la dite haute-saison, avant les grosses chaleurs de l'été). Aux petits soins pour notre tajine du soir.
NB: Bien souvent, c'est le cas ce soir par exemple, on nous dit que d'assez nombreux cyclistes passent la nuit dans ce type de relais quasi obligatoires, dans un sens ou dans l'autre, mais nos rencontres avec des collègues seront au total rarissimes: un français et un britannique peu après notre départ, et un espagnol à Tarfaya sur un vélo couché électrique en route depuis Barcelone. Retour à la pédale probablement impossible pour lui avec le confinement à venir car les vélos électriques ne peuvent prendre l'avion.
Même si l'étape est courte jusque Tiznit (55 km dont 30 en descente), elle n'en sera pas moins belle.
Contrairement à ce que l'on craignait un peu, il fait déjà chaud au cours des 15 km de descente raide jusque la grosse ville de Tighmi, qui, elle aussi, ne figure pas sur les cartes.
| L'hôtel de Kerdous |
A Tighmi, difficile de s'arracher à la magnifique ambiance qui règne au centre ville, près du marché. Les faciès ont un peu changé: quelques types plus sahariens, berbères; les vêtements aussi: chèche blanc qui ne couvre pas entièrement la tête, babouches, burnous, fez (calot sur la tête), haïk (couverture totale du corps) pour les femmes (quelques fois). Et toujours cet accueil chaleureux dans les cafés. Plusieurs fois amenés à déplacer nos vélos: ils gênent le ballet incessant de voitures à plateau amenant ou emportant des victuailles. Des heures qu'on pourrait rester! Le pain est tout chaud en plus.
Ensuite nous pédalerons avec grand bonheur dans un fond de vallée descendant pendant plus de 10 km, exceptionnellement depuis Casablanca dans une direction plein Nord. Sur notre gauche un oued, à sec au mois de mars. On apprendra plus tard que cette région souffre d'absence de pluie depuis 2014. Ça tient encore avec les nappes phréatiques mais on peut se demander si les habitants de cette région ne sont pas destinés à devenir des réfugiés climatiques.
| L'oued à sec |
Au sortir des gorges, le contraste est saisissant: le désert, ici caillouteux, se fait prédominant. Plus d'arbres à l'horizon et un moyen de trouver ombre et eau, qui va devenir récurent par la suite, c'est de s'arrêter au niveau des stations services, généralement bien placées et achalandées. En plaine et à l'abri des vents côtiers, à mi-mars, ça commence à chauffer furieusement mais l'air reste sec.
Jusque Tiznit, plein Ouest à une vingtaine de km, nous retrouvons un vent latéral assez éprouvant.
Tiznit semble une ville étape assez agréable, avec des remparts mais l’hôtel que nous avions repéré est en travaux et nous décidons de tenter de nous rapprocher de la dernière partie de notre randonnée en prenant dès cet après-midi un bus à destination de Guelmim (à 100 km de là) ou de Tan Tan (à 250 km). Ce sera Guelmim: il a suffi d'attendre une demi-heure dans le coin des grand-taxis le passage d'un bus. Ça nous rassure sur la facilité qu'il y aura ultérieurement de voyager via le bus jusque Dakhla. Encore un bon point pour le Maroc.
| Dans les ruelles de Tiznit |
DANS LE GRAND SUD: DE TAN-TAN A LAAYOUNE
Nous arrivons à Guelmim en fin d'après-midi. C'est une grande ville, moyennement accueillante du peu que nous en voyons. A la gare routière, on vérifie qu'il sera facile demain de trouver un transport vers Tan-Tan. Nous arrivons à nous loger mais la nuit est largement tombée après avoir perdu plus d'une heure à chercher un hôtel nous tendait les bras à quelques encablures de la gare routière: l'effet anesthésiant des bus sans doute.
Ici une remarque touristique: nous logerons dans cet hôtel Bahich du routard, pas génial mais excellent rapport qualité prix et très accueillant. Ce guide si précieux depuis le départ s'arrête là, à Guelmim alors que le grand sud marocain ne fait que commencer. Rien sur Tan Tan, Lâayoune, Tarfaya, Dahkla, etc, toutes ces villes parfois très grandes que nous allons traverser dans les jours à venir. Étonnant. Je m'étais aperçu de ce manque avant de partir de France et, sacrilège, avait feuilleté les autres guides du Maroc: idem. Merci pour la diversité de l'offre.
En plus, comme je l'ai déjà signalé à deux reprises, les cartes internet deviennent largement imprécises lorsqu’on dépasse Tiznit dans le Sud. Dernière remarque dans le même sens: le logiciel Maps.me, lui aussi très précieux depuis le départ pour toutes les informations touristiques qu'il donne, devient tout d'un coup très imprécis.
Donc, il reste un peu de place à l'aventure dans cette région: étonnant mais tant mieux, même si cette absence de visibilité va pas mal perturber notre fin de voyage. Je ne pense cependant pas que ce soit lié au fait que l'on s'approche de l'ex Sahara espagnol, annexé par le Maroc depuis les années soixante et qui a fait par la suite l'objet de troubles pendant plusieurs dizaines d'années.
Seule réminiscence visible de cette période de troubles: les contrôles routiers seront un peu plus nombreux et plus stricts: où allez vous, quel hôtel? voir à El Mersa, le dernier jour.
Nous arrivons à Tan Tan vers 11h du matin. Cette grande ville du désert que nous verrons trop rapidement est très attirante. Depuis la gare routière, nous nous rendons au centre ville pour y prendre un petit déjeuner (pas eu le temps ce matin au départ de Guelmim) à rallonge en discutant pas loin d'une heure avec le serveur de la ville et du Maroc.
Notre café est situé en face d'un palais.
Un peu plus loin, se trouve une des innombrables résidences du roi, entretenues à grand frais, notamment en citernes d'eau, pour une présence d'une fois par règne ou même jamais comme ici. Nous en ferons le tour, discuterons avec de nombreux soldats chargés de la garde du néant, mais pas question de photos.
Un mot sur cette royauté. Autant le prédécesseur de Mohamed VI (HassanII) était détesté, autant lui, Mohamed VI, est véritablement adulé par son peuple. Il faut dire qu'il a largement démocratisé le pays, ouvert les prisons pleines à craquer d'opposants politiques, délaissé une partie de ses pouvoirs (sauf les fonctions régaliennes quand même); mais aussi fait des investissements massifs, parfois discutables: par exemple, nous allons pédaler pendant 600 km jusque Lâayoune le long d'une autoroute du désert en construction dont l'utilité reste à démontrer.
En revanche on est frappé par le contraste d'avec le gouvernement qui lui est accusé de tous les maux dont souffre le Maroc: sous-emploi, crise économique depuis 2008. Alors que, il doit bien avoir un lien entre les 2, non?
Un dernier mot: nous avons donc vécu le début du confinement Covid 19 dans le pays. Outre la discipline bon-enfant avec laquelle il a été appliqué on a été frappé, rétrospectivement, par l'organisation sanitaire (masques etc) bien meilleure que la France, donneuse de leçons par ailleurs.
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| L'Oued à sec |
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| La touffe d'arbres dans le désert: la résidence royale |
Nous retournons à la gare routière et bien que midi approche nous obtenons facilement qu'un grand-taxi nous emmène sur le plateau à une dizaine de km du centre ville pour éviter une montée de 200 m en pleine cagna et contre le vent. Notre barda est déposé près d'une mosquée, en face de l'aéroport international. A nous de jouer.
Une vingtaine de km nous sépare d'El Ouatia, le port de Tan Tan, où j'ai repéré quelques hôtels. Sur si peu de kilomètres, nous aurons beaucoup d'occasions de se réjouir d'être là:
- pédaler sans rien d'autre autour de soi qu'un sol caillouteux, désolé,
- avoir l’opportunité rare de surplomber de 200 m le désert à venir,
- apercevoir au loin, des tourbillons de sable soulevé par le vent, assez fort (on verra pire),
- pédaler au milieu d'un immense troupeau de dromadaires.
| Rejoindre le bord de mer dans ce décor lunaire... |
En bord de mer El Ouatia dort tranquillement en ce milieu d'après-midi avant de s'éveiller en début de soirée. Encore une fois seuls ou presque dans un très bon hôtel face à la plage. Le temps de préparer linge et nourriture pour les 3 étapes à venir qui s'annoncent grandioses.
A 6h du matin, de nuit donc, nous préparons le petit déjeuner dans la chambre d'hôtel, grâce à notre petit réchaud qui va désormais nous servir tous les jours.
Le jour se lève à peine lorsque nous sortons d'El Ouatia et entamons la première de 2 étapes de 100 km environ, certes en plein désert et vent dans le dos mais malgré tout sur la nationale 1. Son trafic est moindre ici que du côté d'Agadir ou de Casablanca. La chaussée est plus étroite et il faut rester vigilant par rapport aux camions, qui sont globalement très respectueux de notre faible condition de cyclistes.
On nous a prédit de la pluie pour aujourd'hui : ce sera seulement nuageux et gris ce qui augmente sensiblement l'austérité des paysages.
Pendant une dizaine de km, une ancienne route nous permet d'éviter la grand route: calme et sérénité.
Nous "surplombons "la mer d'à peine 30 à 40 m: au cours des 100 km à venir, nous aurons en 3 occasions à descendre au niveau de la mer afin de franchir des oueds marins. Alors seulement dans ces bas fonds, les dunes de sable feront leur apparition. Le premier d'entre eux, l'oued Chbika, était censé offrir la possibilité d'un camping en bord de mer (info ioverlander): en fait le site est maintenant privatisé nous disent les gendarmes qui vérifient nos papiers tout en nous offrant omelette et thé!!
Nous poursuivons notre route parfois à grande proximité du chantier de l'autoroute en construction, ouverture prévue en 2022.
Les points marquants du reste de la journée seront:
- le passage au fond de deux autres oueds: l'un d'entre eux est un refuge de flamants roses,
- l'arrêt au seul point d'eau/ravitaillement de la journée: la station service après le troisième oued. Vraiment bien venue, tout confort y compris le wifi.
- la curiosité géologique du jour: la grotte d'Akhfenir
Deuxième Oued:
Troisième Oued:
Les policiers rencontrés plus tôt ce matin nous ont également dit que des projets immobiliers (insensés?) allaient très certainement détruire ces niches écologiques qui abritent les flamants roses au cours de leur migration.
Juste après, LA station service.
Belle ambiance, légèrement austère (!) avant d'arriver à Akhfenir
La grotte d'Akhfenir.
Akhfenir, village de pêcheurs à l'origine est aujourd'hui une petite ville, relais des camions qui tracent leur route dans le désert. Ville étape très appréciée car rien 100 km avant et rien 100 km après. Nous serons 2 occupants dans l’hôtel du bord de mer. Excellent accueil mais l'hôtelier est catastrophé des annulations en série qu'il commence de recevoir suite à la pandémie de Corona virus. Nous partagerons la soupe avec lui ce soir, après la messe de 8 h. Un peu tristounet.
| Akhfenir |
| Construction de l'autoroute |
A mi-journée nous aurons la possibilité, nirvana du cycliste qui roule sur une route nationale, d'emprunter le goudron fraîchement posé du futur autoroute, seuls sur la 4 voies!!
| Nouvel autoroute déjà ensablé |
Les derniers km du contournement du parc national se font avec un vent latéral fort qui, dans les rafales, nous envoie des giclées de sable pour le moins désagréables, enfin non c'est pour ça qu'on est venus dans ce coin perdu!
Puis, revenus en bord de mer sous le grand soleil, cela redevient grandiose et facile vent dans le dos.
Halte déjeuner dans LA station service du jour. Rien d'autre sur 110 km!
Sur la portion d'autoroute finie que nous suivons par la suite, magnifique effet mirage. Dominique pédale dans l'eau!
Quelques dromadaires, alors que nous passons le symbolique millième km pédalé depuis Casablanca.
Peu avant Tarfaya, nous quittons la N1, les 2 jours à venir seront beaucoup plus tranquilles. Le contrôle policier à l'entrée de la cité est assez minutieux, sous prétexte qu'on nous perde pas de vue dans le désert. Un hôtel nous est fortement recommandé, un coup de fil (à ?) est passé ? Admettons! Il est vrai que l’hôtelier ne paraîtra pas trop surpris de nous voir débarquer...
Tarfaya est nettement plus accueillante qu'Akhfenir hier, très animée en son centre en fin d'après-midi.
Tarfaya s'appelait, du temps des français Cap Juby. C'était une garnison militaire dont il reste un magnifique fortin.
Tarfaya était une halte importante sur la route de l'Amérique du Sud pour les avions postaux du temps de Saint-Exupery et sa bande: un petit musée, ouvert à la demande, y est dédié, que nous ne pourrons pas visiter malgré plusieurs tentatives. Et une pensée émue à la fille de nos amis d'Oyonnax qui sur les avions d'alors à refait ce trajet mythique il y a quelques années.

Tarfaya est également un petit port, soumis à de belles marées: une espèce de fort Boyard est accessible à pied à marée basse.
| Après les pavés, la plage |
A Tarfaya, je ne sais trop comment arranger les 130 km qui nous séparent de Lâayoune, terme de notre rando. Il faut "absolument" aller dans cette grande ville (en fait nous n'irons pas) pour se renseigner auprès de Royal Air Maroc ou du consulat de France ce qui se prépare pour notre retour au pays.
Le problème (qui se révélera insoluble) c'est que pour rejoindre Lâayoune au terme de 120 km en bord de mer il faudra affronter une belle côte face au vent qui se déchaîne de plus en plus. Par ailleurs on nous dit, à tort, que la ville côtière d'El Marsa, à 110 km de là et vent dans le dos n'aura pas de quoi nous héberger (conséquence d'absence de guide de cette région, cf plus haut). En partant de bonne heure on pourrait y arriver mais nous ne pourrions alors pas faire les courses nécessaires au départ de Tarfaya et ne pas visiter le musée St-Ex (qui restera fermé!).
De plus en plus je me dis qu'il va être temps de "rentabiliser" la tente et le matériel de couchage qui s'impatientent au fond des sacoches depuis plus 1000 km! En prévision, j’achète à tous hasard quelques bouteilles d'eau supplémentaires...
Nous partons sereins en début d'après-midi, bien le diable si on ne trouve pas un bout de plage accueillant.
Le début de la rando est superbe: bon goudron, vent dans le dos et (presque) en plein désert, des dunes de-ci de-là.
| Nombreux vols d'oiseaux migrateurs: merveilleux |
Une assez longue digression ici: depuis hier Akhfenir nous apercevons entre la route et la mer bon nombres de baraquements, plus ou moins bien entretenus, régulièrement répartis tous les 500 m environ, voire moins. Il y a aussi des baraquements de pêcheurs mais aussi, c'est saugrenu en ces lieux, des auto-stoppeurs. Un "pêcheur", en bord de route, nous renseigne: nous sommes proches des Canaries (30 km) donc de l'Espagne et de l'Europe: ces baraquements abritent des soldats de l'armée marocaine qui surveillent la côte, de jour comme de nuit (surtout de nuit je pense). Nous ne pourrons approcher ces baraques pour en savoir plus, car toutes sont protégées par des chiens assez agressifs.
Sauf que, au Sud de Tarfaya, alors que nous sommes toujours à faible distance des Canaries, ces baraquements vont subitement disparaître et laisser place a de très nombreuses maisons de "pêcheurs" qui nous paraissent suspectes: migrants potentiels? (esprit mal tournés que nous avons là).
| Baraques de pêcheurs |
La plage, continuelle ici, nous parait donc inaccessible pour le bivouac: une constellations de baraques de "pêcheurs" qui semblent arpenter sans but précis la plage. Ce n'est pas tant les migrants potentiels qui nous refroidissent, mais tous les trafics qui y sont généralement associés. Reste l’intérieur à l'abri d'une dune, car le vent souffle vraiment fort en cette fin d'après-midi; à tel point qu'en plusieurs occasions la route est partiellement recouverte de sable...
Le soleil baisse et toujours pas de coin campable, si là à 200 m à l'écart de la route; va falloir porter les vélos jusque là mais on sera bien.
Installation du camp dans les rafales car le vent, trop fort, ne protège pas vraiment.
Il est malgré tout assez facile de repartir ce matin mais on sent bien que le vent a encore forci et que dès qu'il ne sera plus dans le dos ce sera dangereux (Patagonie en référence). Dégustons ces derniers instants magiques.
| C'est encore loin l'Europe? |
Peu avant Foum El Oued nous devons pédaler environ 1.5 km avec le vent latéral à notre gauche: chaque croisement de camions, nombreux ici, nous asperge d'une belle giclée de sable tandis que les dépassement provoquent des appels d'air très éprouvants. Chute de Dominique sans gravité.
A Foum el Oued, littéralement saouls de vent, alors que nous soufflons (!) un peu à l'abri du vent, je maintiens, un peu bêtement disons-le, le plan de rejoindre Lâayoune, 20 km plus à l'Est dans les terres. Alors qu'en un rien de temps nous pourrions rejoindre El Marsa et aviser là-bas. Résultat, nous l' atteindrons 4h plus tard et après une chute assez sévère (moi cette fois).
Quand on rejoint la N1 pour les 15 derniers km vers Lâayoun et que j'essaye d'y partir seul, je renonce vite, c'est trop dangereux. Aisément convaincu par ailleurs convaincu par les gendarmes qui me disent que j'aurai meilleur temps de rejoindre, dans l'autre sens, El Marsa et que je trouverai là-bas les grand-taxis qui m’emmèneront à Lâayoune si je le souhaite. A peine un regret de ne pas s'enfoncer dans ce qui, au loin, dans la direction de Lâayoune, ressemble à de gigantesques nuages de sable, comme dans Tintin et Milou.
Ok on y va, boum je tombe assez violemment suite à une erreur de débutant: un camionneur, involontairement responsable de ma chute, me bande la main. Il est temps que cela se termine!
10 km sur la 4 voies qui me paraissent bien long. A El Marsa, l'objectif est de trouver rapidement un grand-taxi pour nous emmener à Laayoune: mais c'est bizarre les chauffeurs sont plutôt réticents. Bon il y a médecin un peu plus loin: pas trop possible d'aller le voir, bizarre aussi.
A tout hasard, on me dit (grrr..., j'ai été effectivement mal renseigné hier) qu'il y a pleins d'hôtels à El Marsa: aucun n'accepte de nous recevoir mais personne ne nous donne la clef de ces bizarreries à répétition: le Maroc se confine ce soir et tout est en train de fermer, hôtels, cafés restaurants et commerces pour ce qui nous concerne au quotidien.
Nous errons en ville à la recherche d'un hôtel, y compris haut de gamme, lorsqu'un policier s'interpose et nous explique la situation; après vérification des papiers, et au vu de notre situation désespérée (n’exagérons rien), il téléphone à l'un des hôtels vus précédemment et obtiens qu'au moins on puisse prendre une douche (il y a eu l'étape d'hier, le camping, l'étape d'aujourd'hui, les chutes!!)
Ceci fait, je fonce à la pharmacie avant qu'elle ne ferme et dans laquelle je trouve de quoi soigner mes plaies à la main et au genou; j'en profite pour acheter des masques qui je l'ignore ce jour là me servirons pendant les 2 mois de confinement dans notre pays sous-développé en la matière...
Finalement, même si la fatigue s'est accumulée, la solution qui nous est offerte est de prendre un bus de nuit et de rejoindre ainsi Dakhla, d'où partira notre avion dans 3 jours. Deuxième nuit de suite un peu blanche.
En attendant le bus, une agence de la Royal Air Maroc nous apprend que notre vol Dahkla Casablanca est maintenu, celui de Casa à Paris supprimé mais qu'il y aura des vols Air France (ou Transavia) pour nous ramener. Nous n'arriverons jamais dans les 3 jours à venir à obtenir plus que ces informations qui se révéleront assez exactes: merci madame.
Ainsi fut fait: dommage ou tant mieux (nous forcera à revenir) nous ne verrons pas les 500 km de désert qui nous séparent de Dahkla. Le bus est plein, notamment de gens qui retournent plus au Sud (Mauritanie, Sénégal) à cause du confinement. Nos vélos voyagent dans un camion spécial de la compagnie: j'aime pas trop mais tout sera réglo.
A Dakhla, heureux de trouver un premier hôtel à 5 h du matin. Puis de récupérer nos vélos dans la matinée, puis de pouvoir se restaurer grâce à une sandwicherie qui fournit des hamburgers à déguster sur la plage. Heureux de trouver un meilleur hôtel qui nous accepte pour les 2 nuits à venir. Heureux de trouver des couturiers africains qui nous fabriquent deux sacs en toile pour remplacer les cartons nécessaires pour emballer les vélos à notre retour en avion.
Heureux de pouvoir pédaler quelques km encore le long de l'océan désertique et balayé par le vent.
A Casablanca, même si les informations "Air France" furent parfois abracadabrantesques, nous aurons (beaucoup) de chance de rentrer le jour prévu à Paris, soit 2 jours après le début confinement.
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| Démontage des vélos à l'aéroport de Dakhla |

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| La criée des billets d'avion à Casablanca |
FINI...




























































